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4.3 – Une lecture perceptuelle

4.3 – Une lecture perceptuelle

Publié le 29 juin 2022 Mis à jour le 29 juin 2022
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4.3 – Une lecture perceptuelle

Résumons : Cervantès met donc en scène un gentilhomme dénommé Alonso Quichano, comme lui passionné par la lecture de romans de chevalerie, par l'idéal chevaleresque, son code d'honneur et les devoirs qui y sont associés, et qui vers la cinquantaine décide de tout abandonner et de partir à l'aventure. Mais où ?
La réponse est : dans les livres ?
Non : dans la vie !

Comme Cervantès s'évada de la monotonie désespérante de la prison par l'écriture, Alonso Quichano, lui, s'est évadé de ses lectures compulsives, qui l'enfermaient dans sa bibliothèque, en se rendant à l'idée d'incarner, non pas, et la nuance est très importante, tel ou tel héros réel ou imaginaire des romans de chevalerie qu'il dévorait, mais, en incarnant lui-même dans la réalité un autre personnage : le sien, avec sa singularité et son identité propres et sa propre subjectivité, et en se jetant dans la fiction comme on se jette à l'eau.
C’est gigantesque ! Et dès lors, Alonso Quichano est bien en effet l'archétype du vrai lecteur de littérature : idéaliste et irraisonné.

En Araméen, Q'chott , c’est-à-dire le nom qu’Alonso Quichano se choisit pour accéder à la renommée, signifierait : vérité.

Une scène du roman de Cervantès est symptomatique de l'enchantement que voudraient prétendument dénoncer les aventures de Don Quichotte. Elle conduit ses lecteurs à renforcer leur cécité, car ordinairement ils s'amusent de Don Quichotte, ils s'en moquent. Ils se rangent évidemment du côté des puissants et de la raison dominante.
La scène est celle où Don Quichotte, assistant à un spectacle de marionnettes, se comporte spontanément comme si les violations des vertus et des valeurs humanistes devaient être effectivement combattues, partout et toujours, et ce quelle que soit la forme que ces violations prennent et les terrains sur lesquels elles s'exercent.
« Tout en parlant, il [Don Quichotte] dégaina son épée, d’un saut s’approcha du théâtre, et, avec une fureur inouïe, se mit à faire pleuvoir des coups d’estoc et de taille sur l’armée moresque des marionnettes, renversant les uns, pourfendant les autres, emportant la jambe à celui-là et la tête à celui-ci. ».

Dans un pamphlet Stendhal rapporte un acte similaire chez un spectateur de théâtre : « L’année dernière (août 1822), le soldat qui était en faction dans l’intérieur du théâtre de Baltimore, voyant Othello qui, au cinquième acte de la tragédie de ce nom, allait tuer Desdemona, s’écria : « Il ne sera jamais dit qu’en ma présence un maudit nègre aura tué une femme blanche. » Au même moment le soldat tire son coup de fusil, et casse un bras à l’acteur qui faisait Othello. Il ne se passe pas d’année sans que les journaux ne rapportent des faits semblables. Eh bien ! ce soldat avait de l’illusion, croyait vraie l'action qui se passait sur la scène. » (Racine et Shakespeare, 1823-1825, pamphlet de Stendhal dans lequel il prend parti pour le romantisme contre le classicisme).

Une authentique lecture perceptuelle du monde, c’est-à-dire une lecture orientée par la perception et non pas par une réflexion abstraite, conceptuelle, exigerait de le lire, le monde, ainsi : au pied de la lettre ; d'accorder son violon à ses sens et sensations, plutôt qu'à des spéculations purement intellectuelles, et de danser la danse qu'il convient alors de danser.

La folie n'est pas forcément là où on la croit et le nombre, l'Histoire tragique de l'humanité nous l'a souvent montré et démontré, le grand nombre est rarement, sinon même jamais, le signe de la raison.

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Je suis chercheur indépendant à Paris. Je travaille sur la lecture immersive de fictions, le sentiment de "traversée du miroir" par les lectrices et les lecteurs de romans. Pour que je puisse poursuivre mes travaux votre soutien m'est indispensable.
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