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4.2 – Qui est Alonso Quichano ?

4.2 – Qui est Alonso Quichano ?

Publié le 28 juin 2022 Mis à jour le 28 juin 2022
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4.2 – Qui est Alonso Quichano ?

Amadis de Gaule est le roman décisif qui va déclencher le passage à l'acte de l'un de ses lecteurs passionnés : Alonso Quichano, alias le futur Don Quichotte en personne.
Rappelons pour mémoire cet extrait de Don Quichotte, l'un de ceux qui attestent des effets que ce roman aurait eu sur Quichano : « le premier ouvrage que maître Nicolas lui remit [au curé] dans les mains fut les quatre volumes d’Amadis de Gaule.
– Il semble, dit le curé, qu’il y ait là-dessous quelque mystère ; car, selon ce que j’ai ouï dire, c’est là le premier livre de chevalerie qu’on ait imprimé en Espagne ; tous les autres ont pris de celui-là naissance et origine. Il me semble donc que, comme fondateur d’une si détestable secte, nous devons sans rémission le condamner au feu.».

Tout au long de l'épopée don-quichottesque il est maintes fois question de cet Amadis, de sa nombreuse descendance et de leurs exploits à tous.
Les récits de chevalerie sont à l’époque ce que sont aujourd'hui les séries américaines, et entre reflets de la vérité historique et intégration d'actions plus ou moins héroïsées, ils avaient déjà en eux-mêmes cette curieuse et intéressante tendance à mélanger faits réels et faits imaginaires.

Mais qui est précisément cet Alonso Quichano qui devint Don Quichotte ?
C'est lui en fait le personnage principal du roman imaginé vers 1597 par Miguel de Cervantès Saavedra, lors de l'un de ses séjours en prison.
L'homme, Cervantès, est d'abord un aventurier et un voyageur, puis un auteur ensuite.

Probablement inspiré d'une ou de plusieurs de ses propres connaissances, Cervantès écrivit lui-même de cet Alonso Quichano : « On a dit qu’il avait le surnom de Quixada ou Quesada, car il y a sur ce point quelque divergence entre les auteurs qui en ont écrit, bien que les conjectures les plus vraisemblables fassent entendre qu’il s’appelait Quijana. Mais cela importe peu à notre histoire ; il suffit que, dans le récit des faits, on ne s’écarte pas d’un atome de la vérité. » (sic) (Don Quichotte, Chapitre I, Qui traite de la qualité et des occupations du fameux  hidalgo don Quichotte de la Manche).

Facétieux et ingénieux, Cervantès lance ses lecteurs dans la roue des métafictions, un registre singulier dans lequel tout se joue comme si la fiction se reflétait à l'infini dans son propre miroir.

Le lecteur ne sait plus alors où donner de la tête, ni qui ou que croire dans ce jeu de dupes à la surface duquel des réalités multiples et des fictions diverses s'entremêlent et se confondent entre elles comme des moutons qui sauteraient la barrière qui ordinairement les maintient séparés.

La ligne de partage des eaux semble complètement déstructurée et des trop-pleins d’imaginaire s’écoulent là où normalement ils ne le font pas. Pas comme cela en tout cas.
D'abord, Cervantès prétend que les premiers chapitres de son livre seraient en réalité extraits des archives de la Manche, région du centre de l'Espagne.
Ensuite, il attribue la paternité de sa propre œuvre à un autre auteur que lui, un dénommé Cid Hamed Ben-Engéli, qui serait un historien musulman : « Quand j’entendis prononcer le nom de Dulcinée du Toboso [la bien aimée imaginaire de Don Quichotte], je demeurai surpris et stupéfait, parce qu’aussitôt je m’imaginai que ces paperasses contenaient l’histoire de don Quichotte. Dans cette pensée, je le pressai de lire l’intitulé, et le Morisque, traduisant aussitôt l’arabe en castillan, me dit qu’il était ainsi conçu : Histoire de don Quichotte de la Manche, écrite par Cid Hamed Ben-Engéli, historien arabe. ».

Sous la plume de son auteur Cervantès, le personnage de Don Quichotte, dont la première partie des aventures est publiée en 1605, ferait donc ici l'acquisition de sa propre histoire écrite par un autre auteur, Cid Hamed Ben-Engéli.
C'est là, au premier abord, une stratégie courante pour se jouer de la censure, mais qui n'en ajoute pas moins plusieurs nouvelles strates fictionnelles, tout en laissant entendre qu'il pourrait y avoir entre elles une voie, ou bien une porte de communication, surtout dès lors que nous pensons comprendre que ce Cid Hamed Ben-Engéli pourrait également être l'enchanteur qui tout au long du récit-cadre se jouerait du Chevalier à la triste figure, c’est-à-dire de Don Quichotte lui-même.

C’est donc là un peu comme si, malgré lui, Don Quichotte était sa propre marionnette, et que l'on réaliserait progressivement au fil de la lecture que l'ensemble de l’œuvre se composerait en fait de multiples récits enchâssés les uns dans les autres, et jouant toujours sans retenue sur une ambiguïté du réel et du fictionnel entremêlés.

Être sa propre marionnette, être à la fois la marionnette et le marionnettiste, pourrait ouvrir à une singulière lecture de Goethe et notamment de ses Années d’apprentissage de Wilhelm Meister, voire initier une réflexion nouvelle sur les statuts d’auteurs et de lecteurs de fictions littéraires.

A tout cela, il nous faut encore ajouter un dénommé Alonso Fernández de Avellaneda, lequel, un peu comme ce que nous appellerions aujourd’hui un auteur de fan-fictions, publia à Tarragone en 1614 une seconde partie du Quichotte, prenant de court Cervantès lui-même, lequel à son tour intégrera en réponse cet épisode en 1615, dans la deuxième partie officielle de son œuvre.

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Je suis chercheur indépendant à Paris. Je travaille sur la lecture immersive de fictions, le sentiment de "traversée du miroir" par les lectrices et les lecteurs de romans. Pour que je puisse poursuivre mes travaux votre soutien m'est indispensable.
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