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4.1 – Un roman initiatique de chevalerie 

4.1 – Un roman initiatique de chevalerie 

Publié le 28 juin 2022 Mis à jour le 28 juin 2022
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4.1 – Un roman initiatique de chevalerie 

Commençons par bien préciser le contexte.
Don Quichotte est un roman initiatique qui prend l’apparence d'un roman de chevalerie dans lequel nous pouvons nous réjouir de trouver un véritable road movie haletant, comme l’épique adaptation cinématographique qu’en fit Terry Gilliam (L'homme qui tua Don Quichotte, 2018).

Par "roman initiatique" il faut comprendre un texte qui, derrière son histoire apparente, cache un voire plusieurs autres niveaux possibles d'interprétations. C'est-à-dire que différentes lectures en sont possibles selon le degré de compréhension et l’orientation intellectuelle et affective du lecteur.

Les romans initiatiques sont le plus souvent appelés des romans d'apprentissage, ou encore des romans de formation.
Plus aisément saisissable que le Don Quichotte, ce sera le grand roman de 1795-1796 de Goethe, Les Années d’apprentissage de Wilhelm Meister, qui sera généralement retenu comme emblématique du genre.

C’est l’histoire d’un jeune homme que la prégnance de ses jeux d’enfance avec un théâtre de marionnettes entraîne à partager la vie d’une troupe errante de comédiens et de comédiennes, tout persuadé qu’il est que la littérature peut transformer le monde en permettant le rapprochement de ses deux pôles : celui de la réalité et celui de la fiction.

Dans ce type d’ouvrages tout est habilement mis en œuvre pour que le lecteur s'identifie au héros et suive, avec si possible des répercussions dans sa vie réelle, le même cheminement évolutif.

Le lecteur devient lui-même en quelque sorte l'apprenti, ou le disciple du personnage.

A priori ce type de livres constitue le fonds thérapeutique de base de toute officine de bibliothérapie, méthode de soins naturels par la lecture encore très peu pratiquée en France malheureusement.

Mais Don Quichotte, en vérité, n'est ni un simple roman, ni un personnage simplement romanesque. Il pourrait être, et il l’est peut-être effectivement, le paradigme, sous la double forme d’un personnage et d’un livre, de cet espace imaginaire à la découverte duquel nous nous sommes lancés ici.
Celui qui relierait le monde des réalités au monde des fictions. Un trait d’union. Un pont.

Cette œuvre singulière, matricielle du roman européen, nous amène à prendre conscience de ce que Proust appelait, et que j’évoquais dans un texte précédent : « le cristal successif ». Celui des différents états mentaux liés à une lecture immersive et qu'il exprime si bien dans ce passage de sa Recherche du temps perdu : « Beaux après-midi du dimanche sous le marronnier du jardin de Combray, soigneusement vidés par moi des incidents médiocres de mon existence personnelle que j’y avais remplacés par une vie d’aventures et d’aspirations étranges au sein d’un pays arrosé d’eaux vives, vous m’évoquez encore cette vie quand je pense à vous et vous la contenez en effet pour l’avoir peu à peu contournée et enclose – tandis que je progressais dans ma lecture et que tombait la chaleur du jour – dans le cristal successif, lentement changeant et traversé de feuillages, de vos heures silencieuses, sonores, odorantes et limpides. » (Du côté de chez Swann, Première partie, Combray, 1913).

Nous pouvons penser que "le cristal successif" du temps, par les frondaisons qui laissent filtrer le soleil, métaphorise cet éloignement de notre "existence personnelle" par différentes strates "d'aventures et d’aspirations étranges", au fur et à mesure de notre progression dans une lecture qui absorbe nos pensées, comme une éponge absorbe un liquide.

Serait-il possible alors de mettre ce cristal en évidence dans Don Quichotte ?
Oui, en éclairant successivement ses différentes strates.
Tout d'abord il y a, à la fin du Moyen-Age, l'écrivain espagnol Garci Rodríguez de Montalvo.
Il y a ensuite le roman de chevalerie dont il est l'auteur en 1508 à Saragosse : Amadis de Gaule.
Mais, comme il y a toujours un avant le commencement à toute histoire, les aventures de ce "Damoiseau de la Mer", aussi appelé le "Beau ténébreux", seraient  elles-mêmes issues d'un récit antérieur dont nous aurions perdu toutes traces.

Adapté en français par Nicolas Herberay des Essarts en 1540, et probablement admiré et goûté par Cervantès, il coule de ce roman d'Amadis de Gaule jusqu'à nous comme un filet d’une eau principielle, qui irrigue tout Don Quichotte et dont l'on retrouve subrepticement la fluidité chatoyante chez Proust même.
L'amante d'Amadis, Oriane, sera en effet le prénom de la duchesse de Guermantes qui fascine littéralement le narrateur proustien.

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Je suis chercheur indépendant à Paris. Je travaille sur la lecture immersive de fictions, le sentiment de "traversée du miroir" par les lectrices et les lecteurs de romans. Pour que je puisse poursuivre mes travaux votre soutien m'est indispensable.
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