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3.1 – Lecture | Expérience 01 

3.1 – Lecture | Expérience 01 

Publié le 23 juin 2022 Mis à jour le 23 juin 2022
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3.1 – Lecture | Expérience 01 

Nous avons tous été déçus par les adaptations cinématographiques ou télévisuelles de romans dont la lecture nous avait pourtant passionnés et avait fait impression sur nous.
Nous ne reconnaissions ni les lieux ni les personnages, qui s'étaient naturellement imposés à nous lors de notre lecture comme s'ils avaient bel et bien été les lieux et les personnes réellement concernés. Et ce même s'il s'agissait d'une œuvre clairement imaginaire, avec des créatures ou des environnements impossibles dans ce que nous appelons "la vraie vie".

De cette spontanée et puissante impression de familiarité déçue, de cette sensation de déjà-vu contrariée, découlent probablement aussi nos frustrations face à l'arrêt d'une série ou d'une collection, face à la disparition subite d'un personnage, face à des suites vraiment inattendues par rapport à nos attentes.
Le phénomène considérable et passionnant des fan-fictions est une réponse de lecteurs entreprenants à cet impact de la lecture sur notre perception intime des êtres et des choses fictionnels.

A la lecture nous avions vu tout cela différemment.
C’est bien dire là que nous avions vu.

Certes, nous pourrions relativiser et dire que nous avions imaginé, mais que serait-ce dire de moins, ou dire d'autre, sinon que nous nous en étions bel et bien construit une image mentale ?

Entre en jeu tout ce que nous savons ou croyons savoir sur le contexte de l'histoire lue et sur ses personnages. Par exemple, nous avons tous une image mentale de Don Quichotte et de nombreux préjugés sur lui, que nous ayons ou pas lu ses aventures.
Nous avons vu des illustrations, nous en avons entendu parler, et simplement entendre son nom suffit à faire venir à notre esprit des images le représentant, un portrait-robot en quelque sorte.
Nous en avons tous une idée préconçue, et les idées font images.

Un lecteur de Georges Simenon me racontait que lorsqu'il lisait un roman de la fameuse série des Commissaire Maigret, bien qu'il ait vu de nombreuses adaptations cinématographiques et télévisuelles avec le célèbre personnage interprété par de grands acteurs, tels en France que Jean Gabin, Jean Richard ou Bruno Cremer, tous aux physiques, aux voix, aux personnalités fortes et tranchées, mais toutes dans l'esprit du personnage de fiction, il voyait toujours en fait un autre commissaire, différent, le sien en quelque sorte et celui qu'il est probablement le seul à pouvoir s'imaginer sur la scène unique de son propre théâtre intérieur.

Personnellement j'ai vécu une expérience complémentaire à celle-là.
Relire Silence, le roman du japonais Shūsaku Endō, qui relate les persécutions des chrétiens japonais à la fin du seizième siècle sous la forme d'une correspondance qui tient à la fois du rapport et du journal, juste après avoir vu son adaptation cinématographique par Martin Scorsese, donna une intensité et une coloration toutes nouvelles aux images mentales qui me traversèrent.
Entre ma première lecture, datant de plusieurs années, et cette seconde lecture, la puissance du film de Scorsese joua comme un amplificateur de mes premières visualisations mentales.

Moi qui ne suis pas un lecteur de Georges Simenon je ne sais pas pourquoi les hasards de la vie ont fait que, débarquant quelques fois le midi en plein hiver dans la petite gare de Corbeil-Essonnes, puis parcourant quelques-unes de ses rues, longeant les vieux bâtiments de la minoterie industrielle des Grands moulins de Corbeil, puis passant le pont au-dessus de la Seine, j'ai, à chaque fois, ressenti l’impression trouble d'entrer dans une aventure de Maigret.
Cette impression était à chaque fois si forte que je m’attendais toujours d'un instant à l'autre à entendre s’élever dans ce décor la musique du générique que j’avais oubliée.

Dans le monde composite qui prend ainsi légèrement forme en nous à la lecture des fictions, et qui peut déborder dans notre vie de tous les jours, il nous faut également prendre en considération la forme de coopération singulière qui s'instaure naturellement entre les auteurs et les lecteurs.

Dans la lecture intentionnelle que nous allons prôner tout au long de ces textes, c'est-à-dire la lecture motivée par une intention, celle de pouvoir un jour voyager véritablement dans les livres, nous devons être conscients du travail naturel de co-construction que développe spontanément le lecteur, de la coopération spontanée qu'il apporte à l'auteur, dans la mesure où ce dernier a su l'anticiper en lui laissant justement une marge de liberté et d'interprétation suffisante.
Cet aspect est bien connu depuis son analyse en 1979 par le sémiologue et écrivain italien, auteur du célèbre roman Le nom de la rose, Umberto Eco, dans son essai intitulé Lector in fabula.

Cependant, comme en témoigne largement aujourd'hui un grand nombre de fan-fictions, ces livres écrits par des lectrices et des lecteurs passionnés qui poursuivent et transforment les aventures de leurs héros préférés, les lecteurs peuvent souvent aller en fait bien plus loin. Et ils le font !
Véritablement ils forcent alors le cadre imposé par l'auteur, ils transgressent les limites que celui-ci pensait leur avoir fixées.

Il faut savoir aussi qu’il existe parfois des images que seuls des mots peuvent rendre visibles en nous, et que le cinéma ne pourra jamais nous offrir. Par exemple ceux-ci, dans une scène juste avant qu’un orage éclate : « Les arbres ressemblent aux poulets quand ils ébouriffent leurs plumes dans la poussière fraîche, les jours de grande chaleur. » (Tandis que j'agonise, William Faulkner, traduit de l'anglais par Maurice-Edgar Coindreau, éditions Gallimard, 1934).

Merci pour votre lecture. Vous pouvez utiliser le bouton "Commenter" pour me faire part de vos questions et remarques.
Je suis chercheur indépendant à Paris. Je travaille sur la lecture immersive de fictions, le sentiment de "traversée du miroir" par les lectrices et les lecteurs de romans. Pour que je puisse poursuivre mes travaux votre soutien m'est indispensable.
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