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Le fardeau ou être une femme

Le fardeau ou être une femme

Publié le 19 févr. 2021 Mis à jour le 23 févr. 2021
time 18 min

Être une femme est un lourd fardeau à porter. Les années de jeunesse filent, les modes et le vocabulaire d'usage change mais l'opression, elle, continue.

Il y a un véritable décalage entre ce qu'on lit, surtout sur les réseaux sociaux et les expériences de vie narrées, idéalisées, et la réalité.

On demande aux femmes d'assurer au travail, de se défoncer, d'être fortes. On passe notre vie à être fortes, Messieurs, et on croule sous les charges mentales et les expériences de vie traumatiques. On fait comme on peut avec ça, et c'est déjà énorme.Vous n'avez, pour la plupart, pas ce fardeau à traîner.

Les chiffres : aggressions sexuelles des femmes autistes

Pour vous mettre en appétit, voici quelques chiffres qui réveilleront la poésie, l'humanisme et la beauté du monde. Je suis sûre qu'il y aurait beaucoup de chiffres et de rapports disponibles pour étoffer ces premiers chiffres mais ils me semblent assez éloquents.

« Dans notre société, les violences sexuelles touchent plus particulièrement la femme et 97 % des agresseurs sont des hommes. En ce qui nous concerne, des études canadiennes montrent que 70 % à 90 % des femmes autistes sont victimes de violences, allant de l'agression sexuelle au crime sexuel. De nombreux facteurs rendent davantage vulnérables les personnes autistes. Qu'elles soient de haut niveau de fonctionnement ou pas, le risque d'en être victime est important. » (source)

L'autisme n'est pas directement le thème de ce billet. J'ai été diagnostiquée à l'âge adulte. J'utilise ces chiffres car ils me concernent et me parlent mais les expériences que je décris ont vocation à être un témoignage plus général dans lequel d'autres personnes pourraient se reconnaître. Je voulais surtout partager une émotion. Ma colère.

Le choc de l'adolescence

La fille qui a grandi trop vite

«Tu es moche. »

La première insulte me frappe avec incrédulité. J’acquiesce, sans comprendre, et cherche, par réflexe, dans les alentours, quelqu’un d’autre à qui elle aurait pu être lancée. Mais c’est bien moi qui suis la cible de cette insulte. Je ne comprends pas moi-même. Je ne me trouve pas laide même si je ne me considère pas comme un canon. Je n'ai jamais fait des manières de starlette.

Mes parents ont pris une photo de moi, cet été. J'ai douze ans, je joue sur la plage en compagnie de ma petite sœur. Je pose en maillot de bain deux pièces, short de bain couvrant et brassière rose et blanche. Je fais 157 centimètres pour environ 48 kilogrammes, bonnet B. Je suis formée comme une femme. Je suis réglée depuis un an.

Lorsque je regarde ma frimousse un peu ronde, encore suspendue à deux doigts de l’enfance, mes pommettes roses de santé et mes cheveux frisottants, attachés en une queue de cheval, je trouve cette enfant jolie. Commune, certes, mais je ne vois pas pourquoi cette jeune fille qui rêve secrètement d’amours de vacances, ou de garçons de son âge rencontrés fortuitement, ne mériterait pas l'amour de ses pairs.

Pourtant, pas d'amourette en vue.

Cette insulte continue de me poursuivre. Elle me frappe par son obscénité, par son décalage entre ma perception de la réalité et ce qu'elle veut dire. Je n'ai toujours pas attéri.

Pour les garçons du collège, ma féminité équivaut à la laideur. Je leur fais peur. Ils confondent rondeurs, féminité, et grosseur. Je suis étiquetée « la grosse ». Ils ressemblent tant à des enfants. Mes copines de classes sont encore des enfants filiformes sans règles. Certaines entrent dans la danse et m'insultent à leur tour, mais de manière plus subtile. J'apprends à mes dépends que la cruauté est un monstre protéiforme et que l'imagination enfantine n'a pas de limites.

La différence invisible et le handicap mental

Au fil des mois, le gouffre entre moi et mes semblables se creuse. Je n'arrive pas à me lier aux autres.

Les autres parviennent, avant moi, à sentir que quelque chose cloche chez moi. Ils me le font remarquer mais personne, pas même moi, ni ma famille, n'a les mots.

Un camarade m'insulte et, ne sachant quoi répondre, je me fige. Mes réactions étonnent. Les autres pensent que je suis débile. Ils me le disent. Pourtant, ils savent très bien que j'ai de bonnes notes.

Socialement, je suis complètement à la masse. La faute à l'autisme qui ne sera diagnostiqué que quatorze ans plus tard.

Pour palier l'ennui et le manque de contacts, je lis beaucoup. La littérature enfantine a vite laissé la place aux romans pour adulte. Je découvre Zola et l'appel de l'hérédité, du sexe, de la violence. Je suis fascinée par la manière dont Zola décrit la réalité, une réalité qui, pour moi, sonne vrai malgré les siècles qui nous séparent lui et moi. La nature humaine semble n'avoir pas vraiment changé. Les livres deviennent mes alliés. Je m'en sers pour combler mes lacunes sociales et émotionnelles bon gré mal gré et je m'y appuie pour déchiffrer la manière dont agissent les individus, pour comprendre leur psychologie. J'applique des règles toutes faites. Du coup, parfois j'écris et je parle comme au XIXe siècle, cela fait rire mes professeurs et mes camarades qui me prennent pour une pédante. Je les observe davantage, essaye de saisir leur vocabulaire. Lorsque je tente de plaquer certaines de leurs expressions, ou de mimer leur comportement, tout sonne faux chez moi et continue de me marginaliser.

Assez rapidement, j'adopte une attitude contraire : devenir lisse. Me fondre dans la masse. Mieux vaut ne pas attirer l'attention. Je préfère me taire.

Mes bizarreries et les maladresses sociales ne sont pourtant pas les seules responsables de mon ostracisme. Je sens que la cruauté des adolescents est un masque. Ils s'en servent pour me tenir à l'écart. Quelque chose leur fait peur. En âme, ils sentent une profondeur de l’expérience, la maturité que seul un choc frontal avec la réalité peut engendrer.

Identité sexuelle trouble

Je ne suis sans doute pas en avance sur tous les fronts, mais dans le domaine du corps, je me démarque.

Onze ans. Je me masturbe. J’ai mes règles. 

Je suis fétichiste, même si je n'en ai pas conscience. Heureusement, je ne vis pas encore mes fantasmes comme une source de honte. Je n'en parle pas et cultive mon univers. Mais cela ne me pose pas question, pas encore. Je garde ça pour moi. Cela deviendra plus compliqué à la fin de l'adolescence, lorsqu'il faudra le vivre, et mesurer le gouffre qui me sépare de mes camarades de lycée.

C'est surtout ma différence physique qui me préoccupe en premier lieu. Parallèlement, il est évident qu'en matière de sexualité, je me démarque. 

Dégringolade

L'épreuve de la réalité

Puisque les insultes se répètent, j'en viens à douter de mon assurance. Ce consensus m'interroge. Comment, d'une enfant normale en primaire, sans problème, devenir en l'espace de quelques mois un laideron et une marginale ? Pourtant je brille à l'école. Peut-on être si intelligente, si ennuaynte, et en même temps si moche et si étrange ? Je ne comprends pas les autres.

J’ai besoin de me rassurer. Sont-ce les garçons de ma région qui sont bizarres, ou moi qui ne voit pas la réalité en face ? Je finis sur le web, sur un obscur tchat à la recherche de garçons plus âgés. Je vois cela comme une expérience. Si je montre ma photo à un panel représentatif, la moyenne des résultats devra m'orienter. Pourquoi ma famille continue-t-elle de me voir comme une jeune fille normale alors que les autres me repoussent et m'insultent à longueur de journée ?

L'expérience est concluante avec des hommes plus âgés. Je ne réitère pas l'expérience plus d'une ou deux fois tant leurs messages me dégoûtent. Apparemment je plais, mais plaire de cette manière est dégradant et peu reluisant. Les garçons de quinze ou dix-sept ans sont plus difficiles à trouver (mais ont-ils réellement quinze ou dix-sept ans ?). Quand un garçon, censé avoir mon âge, m’écrit : « mais en fait tu es un thon ! », mon univers s'écroule. La loi des chiffres a parlé. C’est fini, je n’ose plus me montrer. Je n’ai pas le droit de m’aimer puisqu’aucun garçon ne m’aimera. Son jugement m'apparaît irrévocable.

Conduites à risques

Petit à petit, je me résigne à correspondre à ce qu'on attend de moi : je conviens aux hommes plus âgés, et je suis destinée à devenir une marginale.

Je finis sur le web, sur d’obscurs tchats d’alors, où mon jeune âge attire les prédateurs. Je joue avec eux, je feins de m’intéresser à leurs petites pulsions malsaines. Je feins l’innocence et la naïveté, pour retourner ma casquette si le besoin s’en fait ressentir. Mais malgré les protestations, jamais de photos, d’adresse pour livrer des cadeaux. Mon étrange jeu passe inaperçu : je parviens sans problème à duper mes parents car mes notes restent excellente. De plus, je ne fume pas, ne boit pas, ne sort pas. Bref, j'ai l'apparence de la petite fille idéale. Mon goût pour le hard rock et le métal ne les inquiète pas, c'est un mal commun à bien des adolescents.

J’avais besoin de m’évader de mon quotidien et de connaître le frisson. Je n’avais rien d’autre d’accessible. On se met en danger comme on peut, selon ses moyens. J’ai d’ailleurs appris plus tard, dans un reportage sur France 5, que ce tchat était investi par la police pour traquer les pédophiles. J’ai reconnu, sur l’écran du policier, le site que j’avais l’habitude de fréquenter. J'avais presque oublié cette période.

Pessimisme de fille

J’ai eu très tôt l’impression de ressentir, derrière la réalité de tous les jours, un autre plan de l’existence, de vivre en partie sur ce fuseau horaire. Décalée de mes semblables. Celui du corps, des passions, du brut, de la merde qui est en chacun de nous. Puis, je me suis décalée sur un fuseau plus personnel, celui de la rêverie, celui du monde où vivait les personnages que j’inventais. J'étais fan de médiéval fantasy. J'avais soif d'horizons lointains. La lecture et l'écriture m'ont aidée et ont été une thérapie de soutien.

Mon rapport au corps s'est dégradé et avec lui mon rapport à l'autre et à la société. Bien vite, la haine des autres adolescents s'est mis à glisser sur moi. Je n'y réagissais plus car je devais faire face à pire, en quelque sorte, aux prédateurs que je rencontrais dans la vie de tous les jours. Ils ont été nombreux à sentir la jeune fille seule, potentiellement vulnérable. Certains en font leur fond de commerce.

Des agressions et des mots quotidiens, des petits riens qui, pourtant, transforment sûrement et lentement l'enfant en démon. J'ai douze ans et j'ai parfaitement conscience des sous-entendus. Malgré mon autisme, j'ai le don de comprendre ce que disent en pensées ces pupilles humides. Je déteste ces regards sales émanant de certains adultes et de figures d'autorité. Je les hais. Encore maintenant, en y repensant, j’ai envie de les frapper, de les étrangler au souvenir de leur pupille humide posée sur l’enfant que j’étais.

Alors, pour me venger, je rêve de jeunes filles intelligentes et puissantes qui utilisent leurs charmes pour se venger des prédateurs qui s’imaginent les utiliser. Dévoiler la vérité, voilà une quête qui m’obsède. J’écris des histoires de sadiques et d’hommes humiliés. Des hommes pourtant intègres aux yeux des leurs, mais que les justicières adolescentes vont parvenir à révéler, dans leur nature profonde, au grand jour. Car entre le monde en parole et en acte, et le monde tel que je le vis, dans mes viscères, le décalage est insoutenable. A vomir. Je déborde de colère.

Je n’ai pas l’impression d’avoir de haine particulière envers les hommes. Je détestais les garçons qui me harcelaient, forcément. Globalement, je trouvais vite ennuyants les garçons de mon âge. J’avais quelques amis masculins aussi, que j’appréciais, des créatures asexuées et sympathiques à mes yeux. J'ai toujours entretenu une bonne relation avec mon père.

Dans Hiroshima mon amour, la magnifique Emmanuelle Riva raconte son deuil. Elle a aimé un soldat allemand et a été enfermée par ses parents dans la cave familiale pour éviter la honte. Elle exprime ce que je ressentais moi aussi à cette époque.

J'étais pleine de méchanceté. J'aurais pu faire carrière dans la méchanceté. Rien ne me disait que la méchanceté.

On me cantonnait au rôle de la proie, mais je me suis toujours sentie chasseur.

Solidarité entre femmes

Ma grand-mère et moi

Il y a cet homme de ma famille lointaine, que je déteste, et qui me saisit à bras le corps pour essayer de me chatouiller. Ses gros doigts boudinés me révulsent, je veux les lui enfoncer dans les orbites et lui crever les yeux. Il attend de moi la passivité mais j'ai ma fierté. Je préférerais mourir plutôt que feindre de ne rien comprendre. Je l’insulte autant que je peux. Je n'ai plus de barrière, moi qui suis pourtant habituellement très polie, mais lui le premier a enfreint les règles de la bienséance. J'estime qu'il ne joue plus dans le fuseau du monde commun mais dans le monde où tout est permis, celui où il faut agresser ou se faire agresser. 

C’est un archétype à lui tout seul. Il crâne et, entre deux récits vantards, il me raconte m’imaginer nue au bain. Du haut de mes douze ans, je fulmine. Pourquoi tout le monde pense que je demeure une enfant, que je ne peux pas me défendre ? J'ai l'impression d'avoir l'esprit d'un vieillard dans un corps d'ado. C'est terriblement frustrant.

Ma grand-mère, pourtant en proie aux débuts d’Alzheimer, se métamorphose. Elle qui reste muette, à écouter sans relever les conversations, elle se met subitement à crier sur l’oncle, le somme de « fermer sa grande bouche », « d’arrêter de m’embêter ». Elle nous suit partout, s’assoit à côté de moi, comme un chaperon. J’accepte son aide passive, aide encore plus touchante que beaucoup d’adultes autour de moi n’ont pas eu autant de discernement. Heureusement, cet oncle et sa femme, qui assiste à la scène en détournant le regard, ne viennent presque jamais.

Je serai reconnaissante à ma grand-mère, dans ce dernier moment de lucidité. Reconnaissante et triste, car à son stade, on réagit par instinct.

Et à travers ce fiel, que j’ai reconnu, car je le vivais, j’ai senti affleurer les douloureux souvenirs d’une femme. Elle a reconnu à travers moi ses fardeaux, nos fardeaux. Les fardeaux de la femme.

Une vie de silences

Je pense souvent à elle et à ce qu’elle a dû traverser. Elle est morte il y a quelques années. L'esprit avait totalement déserté son corps. Ne me sont parvenues que des bribes de son histoire (des réalités ou des fictions ?).

Je pense au résistant caché dans la cave, à qui elle a été mariée à peine majeure, avant de partir pour l’Algérie française. À ma tante, dont ma grand-mère a confessé la honteuse paternité dans un dernier saut de lucidité inconsciente. Au mariage tardif avec mon grand-père, après des decennies de vie conjugale cachée. Aux innombrables histoires de familles et problèmes.

Au moins deux maris et un amant. Mais sans doute de nombreux autres, dont elle a gardé le secret jusqu'au tombeau. Avec les mensonges, les non-dits et les frustrations d’une autre époque. Je ne cautionne pas ces comportements mais je les excuse en partie.

J’ai senti chez ma grand-mère une connivence de femmes, un lien, que d’autres ont senti.

Mamie, même si tu en aurais honte, je l’avoue, moi je n’ai plus honte d’être une salope.

Trop c'est trop !

À douze ans, je suis passée de l’enfance au cercle peu envié des putains. Qu’on lapide, parce qu’elles sont conscientes de leur corps et qu’elles assument leurs désirs. Les sorcières d’hier et d’aujourd’hui. Qui, même dans l'innocence, sont fautives.

Il y avait aussi ce garçon, un fils d’une amie de la famille. J'avais dix puis onze ans, mon corps commençait à peine à se développer. Il m’a pris la main et m’a emmenée dans son lit, il m’a caressée le sexe de nombreuses fois et a posé ma main sur son sexe, pour que je le branle. Si je me laissais faire, le contact de son sexe me gênait et je sautais hors du lit m’enfuir. J’avais conscience, à mon âge, que la situation n’avait rien de sain, ni de normal, malgré le plaisir paradoxal et anxieux que j’éprouvais. Ses trop rares visites chez mes parents m'ont permises de ne pas être trop embêté. 

Il y a eu ce garçon quand j’avais quatorze ans, qui, avec une complice, m'a deshabillé dans un couloir du gymnase pour m’arracher mon soutien-gorge et pétrir mes seins de force. La complice m’empêchait de crier. Je me suis laissée faire, par résignation, ce qui a suscité les moqueries. Elle a dû aimer ça. Et ils riaient. Au départ, il s'agissait d'une blague. Drôle de conception de l'humour en ce temps-là.

Il y a eu ce blog que mes harceleurs avaient ouvert pour y déposer à mon insu des photos de moi, prise dans l'enceinte de l'établissement scolaire, sans que je m'en aperçoive, le tout enrobé d'insultes et d'appels au viol. Bien vite, des inconnus se sont mis à poster des commentaires offensants en me disant qu'ils allaient venir me baiser. Mes harceleurs avaient eu la bonne idée de mettre mon nom, mon adresse et mon numéro de téléphone sur internet. J'ai passé une nuit d'angoisse terrible à l'idée que des inconnus pourraient zoner devant la maison familiale et que l'affaire soit portée aux yeux de mes parents. Heureusement, mes menaces ont porté leurs fruits. Mes aggresseurs ont rapidement compris qu'ils avaient dépassé les limites et le blog a disparu le lendemain, mais le souvenir de ces messages haineux et dégradants me poursuivront.

Il y a Claude Claude, le professeur d’art plastiques, qui me masse les épaules et me souffle, dans le creux de l’oreille « ma coquine ». Qui me touche les fesses, une matinée de mes quatorze ans, et dont le geste fait rire.

Suis-je une exception ?

Je suis une femme blanche venant d’un milieu rural protégé, dans une famille de la classe-moyenne. Je n’ai jamais été en précarité, je ne fais partie d’aucune minorité, j'ai toujours eu de l'argent et bien plus que le strict nécessaire. Je suis multi-diplômée. Et pourtant ça ne m'a pas empêchée de connaître mon lot d’agresseurs.

Il y a eu cette psychanalyste, qui a osé dire sévèrement que j'étais une enfant très sexuelle quand même !

Il y a eu cette femme médecin, qui m'a carrément insultée.

Ces hommes, au travail, qui ont eu des mots et des gestes déplacés. Il y a eu aussi quelques photos de pénis non sollicitées. J'étais stagiaire, alternante, jeune embauchée.

Le corps enseignant, le corps médical, des membres de la famille, des amis, des camarades de classes. Chaque milieu avait son prédateur et aussi ses figures d'autorité, chargées de sanctionner les comportements jugés déviants. J’ai assez côtoyé d’hommes mariés, de bons pères de familles, rongés par la frustration, qui manipulent, tentent de forcer ou, s'il n'y arrivent pas, en viennent aux insultes.

Tant d'anecdotes à raconter encore. Je sais que personne n’est épargné.

J’ai vingt-six ans désormais et je ne sais pas si je serais mère. Je ne veux pas risquer d'avoir de filles car je sais que quoi qu’elles fassent, elles porteront le fardeau de leur sexe.

Il faudrait libérer la parole pour libérer les consciences

Je ris quand j’entends les hommes se plaindre du féminisme. Hausser les épaules face au harcèlement de rue. Une bagatelle, des exceptions, par-ci, par-là.

Vous êtes les agresseurs. Tout votre système entier est fondé sur l’oppression de la femme, que vous en soyez personnellement conscients ou non. Et ce système se referme sur vous, puisque votre frustration dérive en partie des injonctions paradoxales auxquelles les deux sexes doivent se conformer.

Alors avant de pleurer, demandez-vous, derrière les épiphénomènes : combien d’agressions, de prédateurs, vos filles, vos petites-filles, auront-elles à subir ?

Quel est le nombre tolérable d’assaut dans la vie d'une femme ? Quelle limite acceptable, entre la prédation et l’agression franche ?

Pourquoi en venir à se taire, et à se dire, malgré les agressions, qu’on reste une privilégiée et qu’on a eu de la chance ? Qu’on n'a, pour ainsi dire, pas à se plaindre ? Je ne me suis longtemps pas considérée comme une victime. Je ne le suis pas encore à mes yeux. Ni victime, ni salope, juste une femme ayant vécu des expériences désagréables ordinaires...

Vous n’êtes pas une femme. Vous n’avez aucune espèce de compréhension de ce que les femmes vivent réellement.

C’est ça, le fardeau de la femme.

Le problème, c'est qu'il dure depuis un temps indécent.

Alors prenez à part vos filles, vos femmes. Essayez de poser les bonnes questions, en tout respect.

Soyez conscients qu'un comportement agressif ou inapproprié cache parfois son lot de tristesses et d'expériences désastreuses.

N'oubliez jamais que le spectre de votre réalité n'est jamais celui de votre interlocuteur, que des tas de choses, inlassablement, vous dépassent et vous dépasseront toujours. Le jugement est (trop) facile.

Épilogue

Je vais bien. Tout simplement.

Ce texte a été écrit et partagé sur mon blog il y a quelque temps déjà, mais a été lifté pour son ancrage définitif ici. J'espère ne pas avoir été trop pompeuse, ou vous avoir ennuyé. J'espère qu'il y aura assez de général dans ce particulier !

À l'époque, j'avais des angoisses terribles, liées à l'autisme et l'inadéquation de mon environnement avec mon handicap. J'ai vécu quelques réminiscences douloureuses de cette adolescence difficile. Pour aller mieux, j'ai gratté et gratté des pages de traitement de texte. L'écriture m'a calmée.

J'ai vu quelques professionnels sans succès puis, quand on a enfin réussi à diagnostiquer mon handicap, j'ai trouvé la paix. J'ai appris à accepter le passé et, sans excuser tout ni tout le monde, j'ai réussi à m'en libérer. J'ai compris qu'une grande partie de mon histoire ne m'appartenait pas, que je n'aurais pas pu être plus ceci ou plus cela. Que j'ai fait à chaque instant le mieux que j'ai pu, avec les connaissances et les forces que je possédais. C'est cette simple pensée qui a été salvatrice.

Malgré ces traumas, j'ai eu une belle vie et je vis actuellement une période de bonheur comme je n'en ai pas connu auparavant.

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