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Comment la liberté de la presse est assassinée (Troisième partie)

Comment la liberté de la presse est assassinée (Troisième partie)

Published Mar 4, 2021 Updated Mar 4, 2021
time 11 min

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Comment la liberté de la presse est assassinée (Troisième partie)

 

Quelle est la différence entre Mark Zuckerberg (Facebook) et moi ?

Je vous livre gratuitement des informations privées appartenant à des sociétés, et je suis un bandit.

Zuckerberg livre vos données privées à des sociétés pour de l'argent, et il est l'Homme de l'Année.

Julian Assange

 

Désintérêt médiatique pour certaines affaires

Alain Gautier, ex-salarié de Vortex, explique de son côté qu’il a été suivi par tous les médias régionaux qu’il a sollicités. L'entreprise Vortex sévissant dans plus de 70 départements, des articles par dizaines relayant les plaintes des usagers et des salariés de Vortex ont été publiés au fil des mois, de Sud-Ouest au Midi LibreNice-MatinLe ProgrèsLa Nouvelle RépubliqueCentre Presse, Ouest-France, La Tribune Républicaine, Le Courrier de l'Ouest, Le Dauphiné, Le Parisien, La ProvenceParis NormandieLa Montagne, La Voix du NordLe DauphinéLes Potins d'Angèle, etc. mais aussi par des presses exclusivement numériques comme Lyon Capitale, Lyon Mag, Le Métropolitain, Rue89 Lyon, Médiacités etc. France 3 en région a également systématiquement relayé chacune de ses actions.

Alain Gautier reçoit le prix Ethique de l'association Anticor à Paris le 26 janvier 2018 - Collection personnelle

 

A contrario de la presse régionale, il n’a jamais réussi à joindre à l'époque les journaux nationaux (hormis l’AFP qui a relayé un communiqué de presse) car il ne disposait pas « du Réseau pour les interpeller », « Réseau avec un R majuscule car sans Réseau, le lanceur d’alerte s’agite dans le vide et s’épuise » insiste l’ancien élu du personnel.

Si la presse régionale est accessible, elle a néanmoins peu d’impact sur les grands décideurs. Ainsi, malgré les dizaines d’articles de presse relatant les pratiques hors la loi de Vortex, la situation reste inchangée pour les usagers et les salariés de ces transports.

Alain Gautier nous rappelle que le salaire mensuel moyen des conducteurs de Vortex n’atteint pas cinq cents (500) euros bruts et que l'entreprise trouve le moyen de ne pas payer la totalité des salaires dus. Le sentiment d’abandon et d’humiliation des salariés de ces transports est tel que l’on constate un turnover annuel de 50%.

D'une manière générale, les mandataires publics de ces marchés de transports adaptés font la sourde oreille sur les pratiques dévastatrices de telles entreprises. Il faut dire que ces sociétés low-cost leur proposent de tirer toujours plus bas leurs budgets alloués au handicap par le biais d’appels d’offres dans lesquels le prix peut représenter jusqu’à 90% de la note d’attribution. Dès lors c’est le Far-West dans ces transports au sein desquels le respect des règles sociales ne représente plus qu’une variable d’ajustement du prix de leurs marchés, prenant en otage de ce fait les personnes les plus vulnérables de notre société.

Alain Gautier se souvient qu’à l’époque de ses premières alertes, un directeur des transports d’une collectivité territoriale lui avait déclaré, décomplexé : « Si les salariés ne sont pas contents de leur sort, de ne pas être payés de toutes leurs heures, et bien ils n’ont qu’à changer de métier ! ». la même époque, alors que les salariés faisaient grève pour obtenir l’attribution d’une carte essence afin de ne plus faire d'avances de carburant pour l’entreprise, un autre directeur de transport lui signifia sans retenue : « Vous allez nous emmerder encore longtemps avec vos grèves ? Vous ne l’obtiendrez pas votre carte de carburant, votre PDG vous l’a dit et répété ! ». Ces deux directeurs de collectivités territoriales résument à eux seuls la problématique de cette affaire : Alain Gautier est perçu comme un « gêneur » dans le fonctionnement de ces marchés publics. En favorisant de telles sociétés à travers leurs appels d’offres et en fermant ensuite les yeux sur leurs pratiques, les collectivités territoriales ne s’en feraient-elles pas les complices ? Est-ce aussi par l’intermédiaire de celles-ci que la médiatisation de l’affaire s’avère difficile - voire impossible - au niveau national ?

D'ailleurs, l’immobilisme des pouvoirs publics malgré les alertes répétées avait donné des ailes aux dirigeants de Vortex qui ne se cachaient plus des représailles lancées à l'encontre du lanceur d'alerte, comme si leur impunité était acquise. Ainsi et paradoxalement, durant les premières années qui ont suivi son alerte, c'est Alain Gautier qui dut rendre des comptes auprès des pouvoirs publics suite aux attaques juridiques et judiciaires orchestrées par le P.D.G de Vortex à son encontre. Il lui semblait alors que seule l’implication de la presse nationale dans cette affaire pouvait faire bouger les lignes.

Ce n'est qu'au printemps 2015 et après de multiples tentatives pour aborder les médias nationaux qu'il rencontre une journaliste de L’Humanité. L'affaire Vortex fit la Une du journal le 9 juin 2015 : « Le requin VORTEX croque le transport public des enfants handicapés ». Après avoir été attaquée en diffamation par les dirigeants de Vortex, L'Humanité a été relaxée le 28 octobre 2016, puis en appel le 29 juin 2017.

A l’automne 2017, c'est Mediapart qui publie cette fois une enquête sur l’affaire Vortex en 3 volets : Un volet Social, le 4 décembre 2017 : « Élèves handicapés, salariés et collectivités subissent la méthode Vortex », un volet Economique, le décembre 2017 : « Vortex: les pouvoirs publics font la sourde oreille » et un volet Judiciaire, le 7 mars 2019 « Vortex brise toujours ses salariés, l'argent public continue de lui arriver ». Le 7 mars 2019, le directeur de l'Assemblée des Départements de France (ADF) interrogé par Mediapart sur la question de l'affaire Vortex lui déclare n’avoir jamais entendu parler de Vortex [SIC] et lui confie : « Il existe dans l'administration toute une série de parapluies ou de lâchetés qui font paravent. »

Comme d’autres lanceurs d’alerteAlain Gautier n’est pas un cas isolé. Avec sa famille, il payé le prix fort la « lâcheté » des Départements qui avaient une parfaite connaissance des agissements de l'entreprise Vortex dès le 2 janvier 2013. Dès lors, il n'a fallu que quelques mois aux dirigeants de Vortex pour faire subir à ce lanceur d'alerte la déflagration de sa situation professionnelle, sociale et familiale, au vu et au su des pouvoirs publics. Alors que des jugements ont été prononcés, les fraudes de gestion reconnues, la sensibilité du sujet ne passionne toujours pas un seul média maintream. Alain Gautier ne pourra qu’être d’accord avec cette déclaration de Julian Assange :

Il y a une unité dans la répression.

Il doit y avoir une unité et une détermination absolue dans la réponse.

Julian Assange

 

La fonctionnaire Françoise Nicolas, lanceuse d'alerte et ex-fonctionnaire au Ministère des Affaires Etrangères, a commencé à s’exprimer publiquement en octobre 2010, à l’occasion d’un dossier publié par Libération sur le harcèlement moral dans les postes diplomatiques, par un commentaire où elle expliquait qu’elle était une « survivante » au sens propre du terme. La journaliste prit contact avec elle, jugea l’affaire trop complexe et transmit les coordonnées de la lanceuse d’alerte à un journaliste spécialisé dans les travers de la diplomatie française. Franck Renaud raconta ainsi l’agression et le contexte trouble dès l’introduction de la réédition de son livre en édition poche Les Diplomates. Derrière la façade des ambassades de France.

L’histoire ne fut reprise que par la presse spécialisée sur l’Afrique (La Lettre du Continent) et par la presse béninoise. Une interview de Franck Renaud dans Presse Océan évoquant la situation très anormale de la diplomate n’eut pas de suite. Tous les efforts de la lanceuse d'alerte pour se faire entendre depuis des années ont été vains. De multiples facteurs peuvent expliquer cette indifférence, telle la relative faiblesse des sommes en jeu, comparée aux milliards de l’évasion fiscale et de l’optimisation fiscale. Pourtant, le détournement d’argent public de sa finalité est avéré, les soupçons d’atteintes à la probité sont caractérisés, la tentative de meurtre sur fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions ne peut être contestée, etc. "Alors, pourquoi ce silence, si ce n’est de la complaisance ?" s’insurge-t-elle à raison. En avril 2019, le quotidien Libération a toutefois écrit un article détaillé, dont la lanceuse d'alerte dénonce le contenu inexact sur son compte Twitter.

 

La presse a un pouvoir de l'image si puissant qu'elle peut faire passer un criminel pour une victime et montrer la victime comme un criminel.

Malcolm X

 

 

Anonymat des lanceurs d’alerte

Certains lanceurs d’alerte tiennent à être anonymisés dans la médiatisation de leurs affaires. On ne peut leur donner tort puisque la médiatisation subie ou volontaire des uns et des autres a démontré que le monde de l’entreprise tourne le dos aux lanceurs d’alerte, quels que soient leurs compétences, leur âge, leurs qualifications. Les risques sont réels, certains lanceurs d’alerte étant en danger de mort.

John Doe est le pseudonyme utilisé par le(s) lanceur(s) d’alerte des Panama Papers. Ils ont bien compris qu’il est quasiment impossible de dissocier le contenu de l’alerte de celui ou celle qui a lancé l’alerte. Les adversaires éprouvent un plaisir quelque peu sadique à stigmatiser celui qui dénonce le dysfonctionnement plutôt que de parler du contenu de l’alerte. John Doe a pour le moins bien compris cette déclaration d’Edward Snowden :

Je ne veux pas l’attention du public parce que je ne veux pas que l’histoire soit autour de moi, mais au sujet de ce que fait le gouvernement américain.

Edward Snowden

 

L’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) a publié plusieurs enquêtes d’ampleur internationale en organisant la fuite d’informations retentissantes au même moment dans des dizaines de pays différents via des centaines de médias et de journalistes partenaires. À l’origine du dossier Panama Papers, l’ICIJ a suscité la curiosité de tous notamment sur l’identité et la personnalité du (des) lanceur(s) d’alerte. Le fait que l’anonymat soit préservé permet au lecteur de se focaliser uniquement sur le contenu de l’information. L’entreprise mise en cause n’a de facto pas les arguments pour stigmatiser celui à l’origine de la fuite pas plus qu’elle ne peut le poursuivre pour vol de documents. Gerard Ryle, directeur de l’ICIJ me confirmait que « les lanceurs d’alerte payent généralement un prix très élevé. Ils sont souvent poursuivis par les autorités ou sont menacés de l’être » en ajoutant que c’est pour cette raison que « seul le journaliste allemand Bastian Obermayer connaît l'identité du lanceur d'alerte [des lanceurs d’alerte] du scandale des Panama Papers ».

Cette collaboration entre lanceur(s) d’alerte et plus 260 journalistes d’investigation dans 100 pays n’en est pas à ses débuts puisque les affaires LuxLeaks et SwissLeaks - HSBC avaient également été portées à la connaissance du public dans plusieurs dizaines de pays grâce à la participation active de médias de tous bords. Les sujets d’investigation sur lesquels se concentre l’ICIJ depuis vingt-cinq ans sont la corruption et le crime international. Le Consortium impose des règles strictes de confidentialité à chaque journaliste qui étudie les nombreuses données de la « fuite » pendant un temps déterminé (il s’agit souvent d’une année pleine), enquête sur ces informations, demande des interviews aux personnes concernées ou ciblées. Tous les journalistes et médias sont tenus de rendre publique leur enquête sur le dossier concerné à une date et une heure convenues permettant ainsi une attention toute particulière sur leurs investigations, que ce soit de la part de leurs lecteurs mais aussi de leurs confrères.

 

L'union fait la force

Les enjeux de collaborer sur les investigations à l'international sont nombreux puisqu'ils permettent, entre autres, d'atteindre des niveaux d'écoute et de lecture importants. L'idée a germé puisqu'en 2018, nous apprenions avec grand intérêt la création de la fondation The Signals Network. Son réseau et ses partenariats avec des grands groupes de presses européens et nord-américains initiaient en juin de la même année une investigation internationale sur l'utilisation abusive des mégadonnées (big data). Lancée au début de l'été 2018 par les media die Zeit (en Allemagne), Mediapart (en France), The Daily Telegraph (Royaume Uni), The Intercept (Etats-Unis) et WikiTribune (international) totalisant une audience de plus de quarante six millions de lecteurs à travers le monde, l'initiative a permis que cette investigation internationale maximise son impact au bénéfice du grand public. Gilles Raymond, Fondateur et Président de The Signals, explique qu'il était "temps de créer une dynamique pro-active vis-à-vis des lanceurs d'alerte. Nous pensons que les citoyens ont le droit de savoir et qu'on a le devoir de parler lorsque des dysfonctionnements importants ont lieu.  Les lanceurs d'alerte, qui risquent tout lorsqu'ils révèlent la vérité, ont besoin de soutien. C'est ce à quoi s'engage The Signals. ” Au-delà de rendre plus simple les échanges entre lanceurs d'alerte et les partenaires en charge des investigations, le Signals Network offre également six niveaux de protection à des lanceurs d'alerte sélectionnés, notamment en termes de soutien juridique et psychologique, de media training, de sensibilisation, de confidentialité et de lieu de protection potentiel temporaire. Nous aurions tous souhaité avoir pu bénéficier d'un tel soutien.

 

TBC Photo de couverture : Comité Free Assange Belgium, Acte 99. Photo de Mme Monique Dilts

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