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Comment la liberté de la presse est assassinée (Première partie)

Comment la liberté de la presse est assassinée (Première partie)

Published Mar 4, 2021 Updated Mar 29, 2021
time 13 min

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Comment la liberté de la presse est assassinée (Première partie)

Notre liberté dépend de la liberté de la presse, et elle ne saurait être limitée sans être perdue.

Thomas Jefferson à Lafayette (1823)

 

Comment le droit d’informer est assassiné

La démocratie passe par le quatrième pouvoir qu’est une presse d’information et non pas un outil de communication. Les journalistes sont les premiers lanceurs d’alerte puisque leur métier est précisément d’enquêter, de mettre en lumière ce qui ne pourrait se savoir sans leur plume ou leur micro. De l’affaire Urba en 1971 portant sur les conditions d’attribution de marchés publics et concernant le financement occulte du Parti Socialiste, à celles des avions renifleurs, des écoutes de l’Élysée, du Carrefour du Développement, d’enrichissement personnel et d’emplois fictifs de la MNEF, du sang contaminé, au dossier Elf ou encore l’affaire du Crédit lyonnais, la liste de pratiques illégales et illicites dans notre pays, quasiment infinie, n’a été possible que grâce à des journalistes et des médias indépendants revendiquant le métier d’informer.

Cela étant, certaines affaires ne sont pas publiées – par manque d’intérêt ou par problématique d’actualité, nous répondent les médias, mais n’est-ce pas également parce que, comme nous l'apprenait La Tribune début 2018 « En 2017, le montant total des aides de l'Etat attribuées à la presse écrite s'élevait entre 580 millions d'euros et 1,8 milliard d'euros - une fourchette importante justifiée par une "définition large" des aides à la presse » ? 

Au-delà des aides attribuées par l'Etat aux medias français, 95 % de ces derniers appartiennent à une poignée de milliardaires dont le métier premier est la vente d’armes, le BTP ou encore les télécommunications. Quel est l’intérêt de capitaines d’industrie, milliardaires, d’investir dans des médias qui perdent énormément d’argent alors que ces hommes d’affaires sont à la fois intelligents et très bien conseillés ? 

Si le journalisme est de bonne qualité, il est par nature controversé.

Julian Assange

 

Même si les journalistes essaient, dans leur grande majorité, de faire correctement leur travail, la plupart des médias qui les emploient n'étant pas indépendants, ou bien jouissant de « connectivité », la liberté d’informer semble assez subjective, voire utopique. Dans toutes les affaires ayant éclaté, il s'avérait que des gens savaient et se sont tus, incluant des journalistes. Le fait que des affaires restent volontairement cachées du grand public montre le degré de compromission, la non-éthique du business de l'information. En France, on arrive même parfois à se demander si certains media omettent volontairement d'imposer à leurs journalistes le respect de la Charte de Munich, Déclaration des Droits et des Devoirs des Journalistes, référence européenne quant à la déontologie du journalisme, adoptée en 1971 par la Fédération internationale des Journalistes, l'Organisation internationale des Journalistes et la plupart des syndicats européens.

L'annuaire des membres du 'club de l'élite' Le Siècle, présidé jusque début 2021 par un certain Olivier Duhamel, met en évidence un entre-soi entre des décideurs économiques, financiers, militaires et des personnalités médiatiques influentes. Comment ces dernières pourraient-elles faire preuve d'éthique et de respect des droits et des devoirs des journalistes en enquêtant sur l'un des leurs ? L'une des réponses est qu'aucune enquête journalistique n'est diligentée par ces journalistes - devenus par définition des communiquants - lorsqu'il s'agit de problématiques touchant l'un des leurs.

 

Comité Free Assange Belgium. Bruxelles, acte 97. Phographie de Monique Dits

 

Les journalistes, victimes de la dépendance de leur entreprise à la finance, à une multinationale ou au pouvoir politique en place, sont alors les premières victimes des « puissants » qui les emploient s'ils révélaient la vérité : ils peuvent se retrouver muselés, licenciés, précarisés par les actionnaires des médias dans lesquels ils travaillent, tout comme les lanceurs d'alerte.

Comment les journalistes peuvent-ils enquêter sur des affaires portant sur leurs dirigeants de manière indépendante, sans craindre de représailles ? Comment  peuvent-ils informer leurs lecteurs ou auditeurs sur la vérité ? 

Est-ce par peur de représailles que les prises de position des journalistes en soutien à Julian Assange en France sont si peu nombreuses ?

 

Que révèle la censure ? Elle révèle la peur.

Julian Assange

 

« Une certaine presse »

Nos adversaires utilisent les médias grâce à leur « connectivité » pour véhiculer des questionnements sur les personnalités des lanceurs d’alerte, les discréditer au lieu de répondre des dysfonctionnements mis en lumière. Lorsqu’un journaliste porte l’un de nos combats, il est décrit comme travaillant pour « un certain type de média » selon Valérie Steimle, la directrice de la communication d’UBS France. En février 2017, cette cadre avait fait déposer un courrier sur la table de chaque participant à une soirée organisée par Epitech (École pour l’informatique et les nouvelles technologies) où je donnais une conférence « Retour sur expérience : ce qu’est un lanceur d’alerte ». Ce courrier insistait sur le fait qu’il est important pour « les étudiants de prendre la distance et l’esprit critique nécessaires au regard des propos qui seront tenus pendant cet échange » et mentionne par ailleurs la responsabilité des médias qui, selon Mme Steimle, se font écho uniquement des informations diffamatoires que je véhiculerais « via une certaine presse […] sans recueillir le point de vue de l’établissement, ni les éléments factuels qui l’étayent ». Peut-être Madame Steimle avait alors oublié cette phrase clef d'Assange, qui a pu me faire gagner jusqu'ici tous mes procès face à la banque et a permis à la justice française de condamner sévérement UBS en 2019 :

Vous devez commencer par la vérité. La vérité est le seul moyen que nous ayons pour arriver à quelque chose. Parce-que le processus décisionnel, qui est basé sur les mensonges ou sur l'ignorance, ne peut atteindre une bonne conclusion.

Julian Assange

 

« Une certaine presse » serait-elle une presse indépendante, non contrôlée par la « connectivité », l’entre-soi, et qui donnerait la parole libre aux citoyens en permettant d’accentuer le contenu du message plutôt que de stigmatiser le messager ?

Face à une presse dont l’indépendance n’est pas la caractéristique première, on ne peut qu’être admiratif du courage des journalistes d’investigation qui, au-delà des procès en diffamation et des pressions venant de personnes, entreprises ou administrations dont ils ont révélé les actions malhonnêtes, ou peu éthiques, voire se sont pris les foudres de leurs propres confrères, apparatchiks d’une certaine pensée et motivés par leurs propres intérêts plutôt que par la vérité. L'avocat parisien David Koubbi déclarait dans une interview accordée à Thinkerview que nous vivons dans le pays de « la justice des copains ». Peut-être Valérie Steimle d’UBS est-elle habituée à « la presse des copains » ? En tant qu’annonceur, UBS a probablement mis la pression sur des médias, menaçant éventuellement de retirer ses annonces publicitaires en fonction de la teneur des articles, comme me le confiaient du bout des lèvres certains journalistes suisses. 

 

Devoir d'informer, droit de tous à l'information

 

L'un des meilleurs moyens d'instaurer la justice est d'exposer l'injustice.

Assange

 

Le devoir d’informer est pourtant non aliénable en démocratie. Face aux médias mainstream et pour le droit de tous à l’information, l'un des slogans du média d'information numérique en ligne Mediapart, créé en 2008, est que le journal est indépendant car il appartient à ses lecteurs. Beaucoup ont suivi le mouvement puisque des médias indépendants ont vu le jour les uns après les autres ces dernières années, notamment sur le web.

WikiLeaks reste depuis 2006 la référence à l'international mais des Français aussi différents dans leur ligne éditoriale et leur contenu que sont Disclose, Bastamag, Arrêts sur Images, Thinkerview ou encore Le Monde Moderne, BTLV, La Relève et la Peste, M. Mondialisation, Boulevard Voltaire, Media Zone, mais aussi FL24Brut, Vécu Le Media, Qactus, QG Le Media, Lanceur d'Alerte Info se sont lancés tout comme le magazine d'investigation belge Médor,  la francophone Radio Québec au Canada ou le media alternatif suisse L’1dex pour n’en citer que quelques-uns. Les informations publiées par certains sites dérangent certainement, puisqu'ils sont régulièrement qualifiés de "complotistes", d'autres médias sont critiqués quant à leur approche politisée mais en démocratie, n'est-il pas normal que chacun puisse s'exprimer et susciter le débat ?

Dans un monde en quête de sens et pour comprendre la démultiplication des médias indépendants, Maud Margainaud, co-fondatrice du site EtikNews, me confie son ressenti, ses motivations et ses valeurs.

 

Pourquoi avoir créé un média indépendant ? 

Par nécessité, comme une urgence. Il n'est pas un secret que les médias dits "mainstream" sont partiaux. En revanche, depuis les révoltes sociales qu'a connues notre pays depuis 2018, j'ai été sidérée par la vacuité d'informations réelles, les partis pris ainsi que les mensonges en continu. Après avoir participé à plusieurs manifestations et recueilli des centaines de témoignages, il m'a paru évident et de mon devoir de diffuser de l'information de terrain, ce qui de nos jours est un contre-pouvoir tant l'éthique journalistique a disparu des écrans télé.

Maud Margainaud et le policier Alexandre Langlois lors d'un 'Live' - photo : collection EtikNews

 

Etiez-vous journaliste, avez-vous travaillé pour un media mainstream ?

Etant auteur, j’avais à cœur de vivre de mon écriture. L’actualité étant un de mes soucis permanent, j’ai passé le concours d’entrée de l’Ecole Supérieure de Journalisme en octobre 2018 avec succès. Malgré une sélection dithyrambique, je ne pouvais assumer le coût annuel de 16.000€ et l’école n’a pas été aidante, ce qui en dit long sur l’accès au savoir proposé. Je vivais à ce moment là au Puy en Velay, là où le mouvement des Gilets jaunes a pris une ampleur particulière lors de l’incendie de la préfecture. J’ai donc renoncé à l’intégration de cette école et privilégié le terrain et l’apprentissage au jour le jour. Je ne suis d’ailleurs toujours pas convaincue qu’il existe une école de journalisme, la Charte de Munich est suffisamment claire pour savoir s’il on est en capacité ou non d’exercer ce métier de passeur d’information.

 

Comment assurer vos auditeurs de votre crédibilité ? Préparez vous vos sujets et comment vous documentez vous ?

C’est une question essentielle que nous nous sommes immédiatement posée et nous avons rédigé une charte à laquelle nous ne pouvons déroger. Elle implique une information systématiquement sourcée lorsque cela est possible ;  dans le cas contraire via une plate forme cryptée, nous pouvons recevoir des documents ou échanger en garantissant l’anonymat et la protection de la source. Les dépêches d’agence, les communiqués sont informatifs néanmoins nous privilégions les enquêtes auprès de ceux qui connaissent le sujet, voire en sont acteurs. A l’ère de la multiplication des informations, il faut être prudent et sûr du contenu qui est diffusé. Les réseaux sociaux sont une mine à la fois d’information et de propagande, il faut être déterminé et à l’affût. Cela étant, je précise que l’information la plus ancrée dans la réalité provient des lanceurs d’alerte ; ils sont indispensables au rétablissement des faits, c’est auprès d’eux que je reçois les informations les plus qualitatives. Ils officient pour la vérité et en sont les garants. Je suis scandalisée par leur sort tant en France qu’à travers le monde.

Photo : Markus Spiske site Unsplash

 

Qui / qu'est ce qui vous a donné l'envie de créer EtikNews ?

Par quête de vérité, le premier devoir de la charte de Munich d’ailleurs. Elle est pour moi viscérale, mon kilomètre zéro et elle est maltraitée, ce qui est insupportable. Il m’a été impossible de rester passive face à, disons le, une telle propagande formatée. Etre informé c’est être libre, ça ne devrait pas être un combat or c’en est un. J’ai naturellement décidé de le mener. Je pense profondément que le système qui nous régit est essoufflé et qu’il ne tolère pas son déclin, il déploie donc une force considérable pour décrédibiliser puissamment ses détracteurs - mais je ne vous apprends rien. Un état ne peut mentir aux citoyens afin d’obtenir les grâces des édifices et des revenus sans conséquences sociales. C’est très violent d’acter la trahison d’un gouvernement puis la complicité tacite des médias mainstream. Seulement deux options s’offrent à vous, vous battre ou fuir, j’ai choisi.

 

Depuis quand EtikNews existe t'il ?

Etiknews est tout jeune, il a vu le jour le 25 mai 2020. Après la création d’un blog en 2016, j’ai collaboré avec un media indépendant pendant 10 mois puis créé Etik et je ne suis pas seule !

 

Quelle est votre audience ? Où êtes vous diffusés ?

Tout confondu nous sommes encore trop peu, approximativement nous comptons aujourd’hui, presque 34.000 personnes. Ce n’est pas évident de quantifier réellement, entre les abonnements, les mentions « j’aime » et les donateurs. Nos supports sont les réseaux sociaux qui sont un formidable lieu d’expression mais également un lieu de perdition aussi bien en termes de valeurs que de mensonges, ce pourquoi les enquêtes sont indispensables et les rencontres également. Ils ont également des limites « lobbyistes » et oligarchiques qui génèrent de la censure. Pas plus tard que la semaine dernière, Etik a été suspendu sans explication pendant 24 heures. Il ne faut pas perdre de vue que des algorithmes censurent régulièrement la parole contradictoire, ce qui en dit long sur l’état de santé de la démocratie. Partout où nait un progrès, il nait une rentabilité et c’est là que la liberté s’arrête. L’endurance face à la déloyauté des décideurs est éprouvante.

Maud Margainaud et Alexandre Boisson, expert en risques systémiques lors d'un 'Live' - photo : collection EtikNews

 

Comment vous faites vous connaître ?

L’avantage des réseaux sociaux c’est la rapidité, l’instantanéité. De ce fait, la rumeur moderne fait le travail, il faut sans cesse partager les informations dans des groupes dédiés, ciblés et inviter. La meilleure façon de se faire connaître reste à mon sens la qualité des contenus qui, à terme, fédère et provoque les débats essentiels à l’émancipation des mainstream. Rien de révolutionnaire si l’on prend comme étalon Wikileaks qui, dès 2006 a ouvert les hostilités et prouvé par son efficacité que le web était bel bien une arme solide et efficace tant en terme de qualité d’informations que de protection des sources. En cela, Julian Assange a prouvé combien il était indispensable de mettre en lumière une information niée et l’on connaît à quel prix il le paye encore à ce jour.

 

Comment êtes-vous financés ?

Nous sommes une association à but non lucratif, ce qui induit que nous n’avons aucun revenu en dehors des dons. Nous sommes tous bénévoles. L’implication que réclame un tel travail ne me permet pas d’exercer un métier alimentaire, je me contente donc de peu. Mes axiomes l’emportent sur la rentabilité. Certaines subventions pourraient être attribuées mais encore faut-il être reconnu d’intérêt général, ce qui n’est pas le cas. Il serait également possible de lancer une campagne de financement massive mais le manque de notoriété et la précarité des citoyens en cette période obscure ne nous permettent pas de dégager de fonds et nous devons nous limiter dans nos déplacements et équipements. C’est punitif mais pas assez pour être décourageant car l’enjeu est colossal.

 

Liberté de la presse,

Liberté pour Julian Assange,

Liberté pour nous tous

Stella Morris (fiancée de Julian Assange)

 

Photo de couverture de l'article : Monique Dits, Comité Free Assange Belgium

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